Pilote d’ULM, Johnny Vaulbert vient de recevoir d’Allemagne les pièces de l’avion ultraléger qu’il compte monter lui-même. Et maintenant, au boulot : 300 heures de bricolage minutieux l’attendent avant de pouvoir le faire décoller.
Là où le commun des mortels a l’habitude de garer sa voiture, Johnny Vaulbert a rangé… son avion. En kit, pour l’instant. Car ce Saint-Andréen, responsable du patrimoine à la Semac, côté cour, et passionné d’aviation, côté jardin, a prévu de monter lui-même son FK9 Mark 4, un aéronef de la catégorie ultraléger motorisé (ULM).

« Construire un avion, c’est avant tout réaliser un rêve, qui pour la plupart prend sa source dans l’enfance », estime Johnny. L’enfance pour lui, ce fut de fréquents trajets La Possession–Saint-Denis par la route de la Montagne : son panorama imprenable sur le littoral lui a donné envie de prendre toujours plus de hauteur. Un désir concrétisé il y a sept ans par l’obtention du brevet de pilote d’ULM. « J’avais visité l’aérodrome Roland Garros lors d’une journée portes ouvertes. Et je me suis inscrit pour prendre des cours dès la semaine suivante », relate-t-il.
Créateur d’une machine de rêve
Depuis, fréquentant assidûment les pistes de Gillot et les appareils de Papangue ULM, qu’il pilote régulièrement pour ses loisirs, il comptabilise 600 heures de vol. Mieux, il vient de décrocher son brevet d’instructeur. Reste une dernière étape à franchir : posséder son propre appareil. Mais pas n’importe lequel : un avion assemblé de ses mains.
Il ne s’agit pas seulement pour lui de faire des économies, même s’il devrait s’en tirer pour 55 000 €, contre 65 à 70 000 € pour un avion « clé en mains ». « Voler sur l’avion que l’on a construit, c’est donner encore plus d’intensité au vol. Ce n’est plus être un simple consommateur d’heures de vol, mais aussi le créateur d’une machine à rêves », assure Johnny. « C’est aussi apprendre de nouvelles techniques qui seront utilisées pour la réalisation du projet, c’est approfondir sa connaissance de l’avion et de la mécanique du vol. Et au final, être un pilote plus sûr. » Et puis, petit plaisir qui ne se refuse pas, cela permet aussi de personnaliser son appareil dans des coloris que ne propose pas la marque — pour Johnny ce sera orange et blanc.

L’apprenti constructeur a mûri son projet au cours des deux dernières années, après une visite au salon Aero de Friedrichshafen, en Allemagne, en 2003. « J’avais déjà une préférence pour le FK9 Mark 4. C’est un avion de très bon rapport qualité-prix, très sûr. Son aile haute le rend apte à se poser même sur un terrain chaotique. C’est un peu le 4x4 de l’ULM. Le voyage en Allemagne m’a conforté dans mon choix. » Il y a deux ans, ce bricoleur patenté a carrément suivi un stage de quinze jours à Toulouse chez le revendeur français des moteurs Rotax, la marque qui équipe son avion.
Quatre mois de travail
Le voilà donc fin prêt à se mettre au travail. Johnny a reçu le 17 août les pièces détachées de son ULM. Commandées il y a un an, elles sont arrivées par bateau et sont depuis soigneusement rangées dans son garage. L’étape la plus ardue ? « À mes yeux, ce ne sera pas la partie électronique, mais plutôt l’entoilage et la peinture. » L’entoilage qui consiste à poser une toile thermorétractable sur les ailes, volets et ailerons, est d’ailleurs la seule étape pour laquelle Johnny sollicite l’aide de son épouse Véronique. « C’est sa passion, je le soutiens mais je ne participe pas vraiment », reconnaît-elle.
Il faudra 300 heures de travail, soit quatre mois, à Johnny Vaulbert pour terminer ce minutieux chantier. « Je vais y passer l’essentiel de mes week-ends et de mes soirées », dit-il. Quand tout sera terminé, il lui restera à sortir l’appareil dans la rue, monter ses ailes, les replier et le charger sur une remorque. De Saint-André, il prendra la direction de Gillot. Une fois immatriculé, l’avion pourra prendre son envol. Et on n’en verra pas deux comme lui dans le ciel de La Réunion.

Edouard Marchal — Photos Philippe Chan Cheung


